Piris Reis et le Mystère des Cartes antiques

Piris Reis et le Mystère des Cartes antiques

Pour découvrir les secrets derrière la carte de Piris Reis et les nombreuses cartes antiques découvertes qui remettent en question l'histoire de l'humanité, une enquête complète tirée du livre de Graham Hancock : L'empreinte des Dieux.

PS : il  y a quelques articles et vidéos qui mettent en doute les différentes théories à propos de la carte de Piris Reis sans revenir sur les autres cartes antiques et sans répondre à tous les questions sur leurs origines possibles.

Il y a une histoire officielle et ceux qui s'en éloignent sont toujours moqués et décrédibilisés, par ses gardiens.

C'est un long article avec de nombreuses sources sérieuses, à vous de vous faire votre propre idée :


8 • SQUADRON D E RECONNAISSANCE TECHNIQUE (SAC). US AIR FORCE Base Aérienne de Westover Massachusetts

6 juillet 1960

Objet : Mappemonde de Piri Reis

A l'attention de : Monsieur le Professeur Charles H. Hapgood, Keene College, Keene, New Hampshire.

Monsieur le Professeur,

Votre demande en vue de l'examen par nos services de certains détails insolites de la mappemonde de Piri Reis (1513) a retenu toute notre attention.

L'hypothèse selon laquelle la partie inférieure de la carte décrirait la côte de la Princesse Martha, de la Terre de la Reine Maud (Antarctique), et la péninsule de Palmer, nous semble plausible.

Il s'agit, à notre avis, de l'interprétation la plus logique, et, selon toutes probabilités, la plus correcte de cette carte.

Les contours apparaissant dans la partie inférieure de la carte correspon­dent de manière tout à fait remarquable avec les résultats du profil sismique de la calotte glaciaire antarctique réalisé par l'expédition anglo-suédoise de 1949.

On peut inférer de ce qui précède que cette côte a été cartographiée avant que la calotte glaciaire ne la recouvre.

La calotte glaciaire, dans cette région, est aujourd'hui épaisse d'environ mille cinq cents mètres.

Nous n'avons aucune idée de la manière dont les informations figurant sur cette carte peuvent être conciliées avec l'état des connaissances géogra­phiques en 1513.

HAROLD Z. OHLMEYER
Lt-Colonel, USAF
Chef du Squadron


Son style administratif mis à part, la lettre du Lt-Colonel Ohl­ meyer1 revêt une importance capitale.

Si la Terre de la Reine Maud a été cartographiée avant d'être recouverte par la glace, la carte ori­ginelle doit avoir été réalisée à une époque extraordinairement reculée.

Quand exactement?

On estime d'ordinaire que la calotte glaciaire antarctique, dans son étendue et sa forme actuelles, est vieille de plusieurs millions d'années.

A l'examen, cette théorie prête sérieusement le flanc à la critique- si sérieusement qu'il n'est point besoin de supposer que la carte dressée par l'amiral Piri Reis décrive la Terre de la Reine Maud telle qu'elle se présentait il y a plusieurs millions d'années.

Les données les plus récentes laissent penser que la Terre de la Reine Maud et les régions voisines apparaissant sur la carte ont été libres de glaces pendant une longue période, qui a vraiment pris fin il y a à peine six mille ans.

Ces données, sur lesquelles nous reviendrons au chapitre suivant, nous dispensent de la tâche écra­sante d'avoir à déterminer qui aurait disposé de la technologie per­mettant de réaliser un relevé géographique précis de l'Antarctique, il y a, mettons, deux millions d'années avant J.-C., longtemps avant l'apparition sur terre de notre propre espèce.

Dans la mesure où la cartographie est une activité complexe et indices nous obligent à civilisée, ces mêmes nous demander comment une telle tâche a pu être accomplie même quatre mille ans avant notre ère, bien avant le développement des premières véritables civilisations reconnues par les historiens.

Piris Reis et le Mystère des Cartes antiques : Quand l'Antarctique était libre de glaces

A ce point de notre démonstration, le lecteur gardera à l'esprit les faits historiques et géologiques élémentaires suivants :

1. La carte de Piri Reis, qui est un document authentique, et non une quelconque supercherie, a été réalisée à Constantinople en l ' an 1513 de notre ère.

2. Elle montre essentiellement la côte occidentale de l'Afrique, la côte orientale de l'Amérique et la côte de l' Antarctique au sud de 1' océan Atlantique.

3. Piri Reis ne peut avoir obtenu ses informations sur cette der­nière région auprès des navigateurs de son temps, dans la mesure où l'Antarctique ne sera découvert qu'en 1818, trois siècles plus tard.

4. La présence de la côte de la Terre de la Reine Maud sur la carte constitue un véritable casse-tête dans la mesure où les données fournies par la géologie confirment que la date la plus tardive à laquelle elle aurait pu être relevée et cartographiée libre de glaces est 4000 av. J.-C.

5. Il n'est pas possible de déterminer avec précision la date la plus reculée à laquelle une telle tâche aurait pu être accomplie, mais il semble que le littoral de la Terre de la Reine Maud soit resté libre de glaces, de manière durable, pendant au moins neuf mille ans avant qu'il n'ait été englouti entièrement par la calotte glaciaire.

6. Les premières civilisations connues ne sont apparues qu'au lendemain de la période concernée - après 4000 av. J.-C.

En d' autres termes, la véritable énigme posée par cette carte de 1513 n'est pas tant le fait qu' elle comprenne un continent resté inconnu jusqu'en 1818, mais qu'elle décrive une partie de la côte de ce continent dans des conditions climatiques qui ont pris fin il y a six mille ans et ne se sont pas renouvelées depuis.

Comment tout cela s 'explique-t-il ?

Piri Reis nous donne obli­geamment la réponse dans une série de notes écrites de sa main sur la carte elle-même.

ll nous apprend qu'il n' est pas responsable du relevé et de la cartographie d'origine.

Bien au contraire, il reconnaît que son rôle fut seulement celui d'un compilateur et d'un copiste, et que sa carte s'inspire d'un grand nombre de cartes antérieures.

Cer­taines de ces dernières ont été dressées par des découvreurs contem­porains ou quasi contemporains de Reis (notamment Christophe Colomb), qui avaient à cette date déjà atteint les Antilles et les côtes de l'Amérique, mais d'autres étaient des documents remontant au quatrième siècle avant J.-C. , voire encore plus anciens.

Piri Reis n' avançait aucune hypothèse quant à l'identité des carto­graphes qui auraient réalisé les premières cartes.

En 1966, cependant, le professeur Hapgood proposa une solution inédite et provocante à ce problème.

Dans son ouvrage Maps of the Ancient Sea Kings ( « Les Cartes des anciens rois de la mer » ) , il soutint que certaines des cartes originelles utilisées par Piri Reis, en particulier celles qui, selon l'ami­ral, dataient du quatrième siècle avant notre ère, étaient elles-mêmes encore plus anciennes, lesquelles s'appuyaient­ à leur tour sur des sources datant de l'antiquité la plus recu­lée.

A son avis, des preuves irréfutables démontraient que la terre avait été entièrement cartographiée avant l'an - 4000 par une civilisation inconnue ayant atteint un haut degré de savoir-faire technologique.

« II semble, concluait-il, que des informations géogra­phiques d'une grande précision se soient transmises de peuple en peuple dans la plus haute antiquité.

Ces cartes, selon toute vraisemblance, ont été dressées par un peuple inconnu, puis léguées à d'autres civilisations - peut-être les Crétois de l'époque de Minos et les Phéniciens, qui furent, pendant plus de mille ans, les plus grands marins du monde antique.

Nous savons qu'elles furent recueillies et étudiées dans la grande bibliothèque d'Alexandrie, en Égypte, et que les géographes qui y travaillaient en ont réalisé des compilations ».

A partir d'Alexandrie, selon la reconstitution d'Hapgood, des copies de ces compilations et certaines cartes originales auraient été transférées dans d'autres grands centres intellectuels - notamment Constantinople.

Finalement, après la prise de Constantinople par les Vénitiens pendant la Quatrième Croisade en 1204, les cartes com­mencèrent à parvenir entre les mains des marins et des découvreurs européens:

« La plupart de ces cartes concernaient la Méditerranée et la mer Noire, mais des cartes d'autres régions étaient égale­ment disponibles.

Certaines d'entre elles représentaient le continent américain, ainsi que les océans Arctique et Antarc­tique.

II ne fait aucun doute que d'anciens voyageurs avaient parcouru la terre du pôle Nord au pôle Sud.

Aussi incroyable que cela puisse paraître, nous avons la preuve qu'un peuple ancien a exploré l'Antarctique quand ce continent était encore libre de glaces.

II est également manifeste que ce peuple dis­posait d'instruments de calcul des longitudes largement supérieurs à tous ceux que posséderaient les peuples de l'An­tiquité, du Moyen-Age, et de l'époque moderne avant la seconde moitié du xVIII" siècle.

Ces traces d'une technologie perdue viennent à l'appui des nombreuses hypothèses relatives à l'existence, dans les temps les plus reculés, d'une civilisation disparue.

Les spécialistes représentant la science officielle ont rejeté la plupart de ces indices comme de pures fables, mais certaines preuves ne peuvent pas être écartées.

Cela suppose que toutes les autres preuves mises en avant dans le passé doivent être rééxami­nées en dehors de toute idée préconçue. »

Malgré le soutien retentissant d'Albert Einstein (voir infra), et bien que John Wright, le président de l' American Geographical Society, ait reconnu par la suite qu' Hapgood avait « émis des hypo­thèses qui méritaient plus ample vérification », aucun chercheur ne s'est penché depuis lors sur ces étranges cartes anciennes.

Bien plus, loin d'avoir été applaudi pour avoir apporté une contribution sérieuse et nouvelle au débat sur les origines de la civilisation humaine, Hap good fut jusqu'à sa mort regardé de haut par la plupart de ses pairs, qui, en guise de discussion de ses théories, se bornèrent à « le couvrir de sarcasmes inqualifiables, en insistant sur des vétilles et des faits invérifiables pour fonder leur condamnation, et en cherchant de cette façon à éviter tout véritable débat ».

C'est ce qui arrivent à tous ceux qui tentent de faire connaître des éléments qui remettent en cause l'histoire officielle, comme Immanuel Velikovski qui était aussi soutenu par Einstein, voir :
Immanuel Velikovsky : un génie traîné dans la boue

Piris Reis et le Mystère des Cartes antiques : Hapgood un homme en avance sur son temps

Charles Hapgood, disparu depuis, enseignait l'histoire des sciences au Keene College, dans le New Hampshire, aux États-Unis.

Ce n' était ni un géologue, ni un historien de l'Antiquité.

Il est pos­sible, cependant, que les générations futures se souviennent de lui comme de l' homme qui a réécrit l'histoire du monde, et dont les tra­vaux ont, pour une bonne part, révolutionné la science géologique.

Albert Einstein fut l'un des premiers à le comprendre en accep­tant de rédiger la préface au livre qu' Hapgood écrivit en 1953, ( Earth 's Shifting Crust « Le Glissement de l ' écorce terrestre »), quelques années avant d 'entreprendre ses recherches sur la carte de Piri Reis :

« Je reçois souvent des lettres de personnes désirant me consulter sur leurs travaux inédits, observait Einstein.

Il va sans dire que ces travaux sont dans leur grande majorité dépourvus de la moindre valeur scientifique.

Le tout premier courrier, cependant, que m'adressa Mr. Hapgood, m'a élec­trisé.

Son idée est originale, d'une grande simplicité, et - si rien ne vient la contredire - d'une grande importance pour tout ce qui touche à l' histoire de la surface du globe. »

L'idée exposée par Hapgood dans son ouvrage de 1953 est une théorie géologique planétaire qui explique avec subtilité comment et pourquoi de grandes parties de l'Antarctique seraient restées libres de glaces jusqu'en 4000 av. J.-C., ainsi qu'un grand nombre d' autres anomalies géophysiques.

Sa thèse peut se résumer ainsi :

1. L'Antarctique n'a pas toujours été recouvert par les glaces. ll a même bénéficié pendant une certaine période d'un climat beaucoup plus chaud qu' aujourd'hui.

2. Ce continent jouissait d'un climat chaud parce qu' il n' était pas physiquement situé au pôle Sud pendant cette période. ll se trouvait à environ 3 000 km au nord - « au nord du cercle antarctique, dans un environnement climatique tempéré, ou froid-tempéré » .

3. Le continent a trouvé sa position actuelle à l'intérieur du cercle antarctique sous l' effet d'un mécanisme baptisé « déplacement de l 'écorce, ou de la croûte terrestre ».

Selon ce phénomène, qui ne doit surtout pas être confondu avec la « tectonique des plaques » ou la « dérive des continents », la lithosphère, l'en­semble de la croûte externe de la Terre, « peut basculer de temps à autre, glissant sur la masse intérieure molle, tout comme la peau d'une orange, si elle se détachait de la pulpe, pourrait pivo­ter tout d'une pièce sur la partie intérieure du fruit ».

4. Pendant le glissement vers le sud de l 'Antarctique provoqué par l' earth-crust displacement, le continent serait progressive­ ment devenu plus froid, avec la formation d'une calotte gla­ciaire s ' étendant inexorablement pendant plusieurs millénaires avant d' atteindre ses dimensions actuelles.

Les géologues orthodoxes, cependant, se sont toujours refusé à admettre la théorie d' Hapgood (bien qu' aucun d' eux n'ait réussi à prouver qu' elle était fausse).

Cette théorie soulève de nombreuses questions.

La plus importante, de loin, est la suivante : quel mécanisme concevable aurait été capable d'imprimer une poussée suffisamment forte sur la lithosphère pour provoquer un phénomène d'une aussi grande ampleur qu'un déplacement de la croûte terrestre ?

Nous ne trouverons pas de meilleur guide qu'Einstein pour résu­mer les trouvailles d'Hapgood :

« Dans les régions polaires, s'opère un dépôt continuel de glace, laquelle ne se répartit pas de façon égale autour du pôle.

La rotation de la Terre agit sur ces dépôts dissymé­triques, et imprime une force centrifuge agissant sur la croûte rigide de la Terre.

D' une intensité croissante, la force centri­fuge ainsi produite induira, à partir d'un certain seuil, un déplacement de la croûte terrestre sur le reste du globe . .. »

La carte de Piri Reis semble comporter, accessoirement, de surpre­nants indices venant étayer la thèse d'une glaciation récente de cer­taines parties de l 'Antarctique à la suite d'un basculement soudain vers le sud de la croûte terrestre.

De plus, dans la mesure où une telle carte ne peut avoir été dressée qu'avant 4000 av. J.-C., ses implica­tions quant à l'histoire de la civilisation humaine sont étonnantes.

Avant - 4000, aucune civilisation n' est censée avoir existé.

Au risque de simplifier à l' excès, les historiens « orthodoxes » s ' accordent sur les points suivants :

  • La civilisation s 'est d' abord développée dans le Croissant Fer­tile du Moyen-Orient.
  • Ce processus n'a commencé qu' après - 4000, pour culminer avec l' apparition des premières véritables civilisations ( Sumer et l'Egypte) vers-3000, bientôt suivies par la vallée de l' Indus et la Chine.
  • Mille cinq cents ans plus tard environ, la civilisation a surgi spontanément et indépend amm ent en Amérique.
  • Depuis - 3000 dans l 'Ancien Monde (et- 1 500 dans le Nou­veau) la civilisation a régulièrement « évolué » vers des formes de plus en plus perfectionnées, complexes et productives.
  • En conséquence, et en particulier par rapport à la civilisation industrielle occidentale moderne, toutes les anciennes cultures (et leurs œuvres) doivent être considérées comme essentielle­ment primitives (les astronomes sumériens scrutaient les cieux avec une crainte irrationnelle, et même les pyramides d’Égypte ne peuvent avoir été construites que par des hommes « primi­tifs sous le rapport de la technologie » ).

Les informations fournies par la carte de Piri Reis paraissent contredire tout cela.

Piri Reis et ses sources

En son temps, Piri Reis était un personnage célèbre ; son identité historique est formellement établie.

Amiral de la marine ottomane, il prit part à de nombreuses batailles navales - souvent avec succès - vers le milieu du seizième siècle.

Tenu de surcroît pour un expert en matière d'hydrographie méditerranéenne, il est l' auteur d'un ouvrage de navigation réputé, le Kitabi Bahriye, qui fournit une description complète des côtes, ports, courants, hauts-fonds, atterrages, baies et détroits des mers Egée et Méditerranée.

Malgré une illustre carrière, il tomba en disgrâce et fut décapité en l ' an 1554 ou 1555.

Les documents dont s'est inspiré Piri Reis pour dresser sa carte de 1513 étaient conservés, selon toute vraisemblance, à Constantinople, dans la Bibliothèque Impériale, à laquelle l' amiral pouvait accéder librement.

Ces sources (qui provenaient peut-être d'autres centres intellectuels encore plus anciens, ou y avaient été copiées) n'existent plus, ou, du moins, ont disparu.

La carte de Piri Reis n'a été retrou­vée, peinte sur une peau de gazelle et conservée sous la forme d'un rouleau sur une étagère poussiéreuse de la bibliothèque de l' ancien Palais Impérial de Constantinople, qu'en 1929.

Piris Reis et le Mystère des Cartes antiques : L'héritage d'une civilisation disparue ?

Comme le Lt-Colonel Ohlmeyer, à demi incrédule, le reconnais­ sait dans sa lettre au professeur Hapgood en 1960, la carte de Piri Reis décrivait la topographie subglaciale, le profil véritable de la terre Antarctique de la reine Maud sous la glace.

Ce profil est resté caché à partir de l'an 4000 av. J.-C. (quand la calotte glaciaire, dans son avancée, l'a recouvert), pour être dévoilé à nou­veau suite au relevé sismique exhaustif de la Terre de la Reine Maud effectué en 1949 par une équipe scientifique anglo-suédoise.

Si Piri Reis avait été le seul cartographe à avoir eu accès à d'aussi insolites informations, on aurait tort d'attacher une trop grande importance à sa carte.

Tout au plus pourrait-on dire que la précision des contours portés sur le document n'est qu'une coïncidence.

Cependant, l'amiral turc était loin d'être le seul géographe à détenir de telles connaissances en apparence aussi invraisemblables et inex­plicables.

Il serait futile de spéculer plus avant que ne l'a déjà fait Hapgood quant à la nature de la « filiation souterraine » qui aurait véhiculé et préservé à travers les âges de telles connaissances, trans­mettant des bribes de ce savoir de la nuit des temps d'une culture à l' autre, et d'une époque à l'autre.

Quel qu'ait été le processus à l' œuvre, le fait est qu'un certain nombre d' autres cartographes sem­blent avoir partagé les mêmes étonnants secrets.

Tous ces géographes auraient-ils exploité, même à leur insu, le prodigieux héritage scientifique d'une civilisation disparue ?

Piris Reis et le Mystère des Cartes antiques : Des fleuves dans l 'Antarctique

Pendant les vacances de Noël 1959-60, Charles Hapgood effectuait des recherches sur l'Antarctique dans la salle de consulta­tion de la Bibliothèque du Congrès à Washington.

Depuis plusieurs semaines, il travaillait là, perdu dans ses travaux, entouré de cen­taines de cartes médiévales.

«Je découvris, raconte-t-il, toutes sortes de choses fasci­nantes que je ne m'attendais pas à trouver, notamment plu­sieurs cartes décrivant le continent austral.

Puis, un jour, je tournai une page, et restai pétrifié.

Quand mes yeux tombè­rent sur l'hémisphère sud d'une carte du monde dessinée par Oronteus Finaeus [Oronce Fine] en 1531, j'eus sur-le-champ la conviction que j'avais trouvé une carte authentique de l'Antarctique.

La forme générale du continent ressemblait de manière frappante aux contours que l'on peut voir sur nos cartes modernes.

La position du pôle Sud, à peu près au centre du continent, semblait grosso modo correcte.

Les cordillères qui bordaient les côtes correspondaient aux nombreuses chaînes montagneuses qui ont été découvertes dans l'Antarctique au cours des années récentes.

Il était clair, également, qu'il ne s'agissait pas d'une création fantaisiste de l'imagination d'un cartographe.

Les chaînes montagneuses étaient individuali­sées- certaines se trouvaient tout près des côtes, d'autres en retrait.

Des fleuves se jetant dans la mer prenaient leur source dans la plupart d'entre elles, et le réseau hydrographique de chacun d'eux était représenté de manière très cohérente.

Ceci suggérant, bien sûr, que les côtes devaient être libres de glaces quand la carte originelle a été dressée.

L'intérieur des terres, cependant, était totalement dépourvu de rivières et de montagnes, ce qui peut laisser penser que la glace y était pré­sente. »

En examinant de plus près la carte d'Oronce Fine·, Charles Hap­good et Charles Strachan, chercheur au M.I.T., aboutirent aux conclusions suivantes :

1. Cette carte a été copiée et compilée à partir de plusieurs cartes établies selon plusieurs méthodes de projection différentes•

2. Plusieurs régions côtières de l'Antarctique, notamment les Terres de la Reine Maud, d'Enderby, de Wilkes, de Mary Bird et de Victoria (la côte Est de la mer de Ross), y sont bel et bien représentées, libres de glaces•

3. Comme dans le cas de la carte de Piri Reis, le profil général du terrain et les accidents de relief visibles correspondent étroite­ ment aux cartes de relevé sismique de la surface terrestre sub­glaciale l' Antarctique•

La carte d' Oronce Fine, concluait Hapgood, semblait accréditer «la thèse surprenante selon laquelle l'Antarctique aurait été visité, voire peuplé par l'homme quand il était encore largement, sinon entièrement dépourvu de glaces.

Il va sans dire que cette hypothèse renvoie à une très haute antiquité ... [De fait], la carte d'Oronce Fine fait remonter la civilisation des auteurs des cartes originelles à une époque contemporaine de la fin de la première Ere Glaciaire dans l'hémisphère Nord. »

Piris Reis et le Mystère des Cartes antiques : La mer de Ross

D'autres arguments à l'appui de cette hypothèse peuvent être déduits de la manière dont la mer de Ross est représentée sur la carte d'Oronce Fine.

Là où aujourd'hui les grands glaciers Beardmore et Scott se déversent dans la mer, la carte de 1531 laisse apparaître des estuaires, des fjords et des cours d'eau.

De ces observations, on ne peut que conclure que la mer de Ross, ou ses côtes, était dépourvue de glaces quand les cartes originelles utilisées par Oronce Fine ont été dressées : « Il devait aussi y avoir nécessairement un immense hinterland libre de glaces pour alimenter les fleuves et les rivières.

De nos jours, toutes ces côtes et leur hinterland sont profondément enfouis sous une calotte glaciaire épaisse de plus de 1 500 rn, tandis que la mer de Ross elle-même est recouverte d'une banquise épaisse de plusieurs centaines de mètres ».

Les résultats des études menées en mer de Ross corroborent la théorie selon laquelle l'Antarctique aurait été cartographié par une civilisation inconnue pendant la période de dégel général qui a pris fin vers 4000.

Cette hypothèse a notamment été confirmée par les carottages effectués en 1949 par l'Américain Byrd, lors de l'une de ses expéditions en Antarctique, en vue de recueillir des échantillons de sédiments du fond de la mer de Ross.

Ces échantillons laissaient apparaître un certain nombre de couches de stratification clairement délimitées, correspondant chacune à des conditions climatiques et écologiques différentes : « dépôts marins glaciaires grossiers », «moyens», «fins», etc.

La plus surprenante découverte, cependant, révélait « que plusieurs couches étaient formées de sédiments à grains fins et variés, comme ceux charriés jusqu'à la mer par des rivières prenant leur source dans des terres tempérées, i.e. libres de glaces ... »

En utilisant la méthode de datation à l'ionium mise au point par le Dr W.D. Urry (qui met en jeu trois différents éléments radio-actifs que l'on trouve dans l'eau de mer), des chercheurs de l'Institut Car­negie à Washington ont réussi à établir de façon certaine que de grands fleuves charriant des sédiments fins ont effectivement coulé dans l'Antarctique jusqu'en 6000 av. J.C., comme le montrerait la carte d'Oronce Fine.

Ce n'est qu'après cette date, vers - 4000, que « des sédiments de type glaciaire ont commencé à se déposer au fond de la mer de Ross ...

Les carottages indiquent qu'un climat chaud a régné pendant une longue période antérieurement à cette date. »

Piris Reis et le Mystère des Cartes antiques : Mercator et Buache

Ainsi, les cartes de Piri Reis et d'Oronce Fine nous donnent un aperçu de 1' Antarctique comme aucun cartographe des temps historiques n'a pu le faire.

Toutes seules, bien sûr, ces deux pièces à conviction ne suffi­raient pas à nous convaincre que nous tenons là les traces d'une civilisa­tion disparue.

Et si trois, quatre, voire six cartes nous enseignaient les mêmes leçons, pourrait-on les ignorer avec autant de raison ?

Peut-on, par exemple, continuer à ignorer les implications histo­riques de certaines des cartes dressées par le plus fameux cartographe du seizième siècle - Gerhard Kremer, plus connu sous le nom de Mercator ?

Surtout connu pour la projection qui porte son nom, encore utilisée sur toutes les cartes du monde d'aujourd'hui, cet énig­matique personnage (qui, pour des raisons inexpliquées, se rendit en Égypte et visita la Grande Pyramide en 1563) s'adonna inlassable­ ment à la recherche de sources remontant aux temps les plus reculés.

Il passa de nombreuses années à constituer avec patience une biblio­thèque de référence aussi vaste qu'éclectique concernant la cartogra­phie de l' Antiquité.

De manière significative, Mercator inclut l'œuvre d'Oronce Fine dans son Atlas de 1 569, et il fit lui-même figurer l'Antarctique sur plusieurs des cartes qu'il dressa cette année-là.

Diverses régions par­faitement identifiables du continent austral (alors inconnu) apparais­sent ainsi sur ces cartes : les caps Dart et Herlacher de la Terre de Mary Byrd, le littoral de la mer d'Amundsen, l'île T hurston (Terre d'Ellsworth), les îles Fletcher de la mer de Bellingshausen, l'île Alexandre Jer, la péninsule Antarctique (ou « Palmer » ), la mer de Weddell, le cap Norvegia, les monts Regula de la Terre de la Reine Maud (représentés sous la forme d'un archipel), les monts Muhlig­ Hoffman (idem), la côte du Prince Harald et le glacier Shirase (alors un estuaire), l'île Padda de la baie de Lutzow-Holm, et la côte du Prince Olaf de la Terre d'Enderby. «Parfois, ces détails topogra­phiques sont plus distinctement identifiables que sur la carte d'Oronce Fine» note Hapgood, «et il semble manifeste que Merca­tor avait la plupart du temps à sa disposition d'anciennes cartes diffé­rentes de celles utilisées par Oronce Fine. »

Et Mercator n'était pas seul dans ce cas. Philippe Buache, un géographe français du xvnr siècle, devait publier une carte de l'Antarctique* bien avant que le continent austral n'ait été « officiellement » découvert.

Et 1' extraordinaire particularité de cette carte est qu'elle semble s'appuyer sur des cartes faites plustôt, peut-être des milliers d'années plus tôt, que celles utilisées par Oronce Fine et Mercator.

Ce que Buache nous donne à voir est une représentation d'une précision stupéfiante de l'Antarctique tel qu'il se présentait quand il était totalement dépourvu de glaces.

Sa carte révèle la topographie subglaciale de l'ensemble du continent, dont on avait encore une connaissance très imparfaite en 1958, lorsqu'un relevé sismique exhaus­tif fut effectué, dans le cadre de l'Année Géophysique Internationale.

Ce relevé ne fit que confirmer ce que Buache avait déjà révélé lors de la publication de sa carte de 1' Antarctique en 1737.

Fondant sa cartographie sur d'anciennes sources aujourd'hui perdues, l'acadé­micien français faisait apparaître de manière très nette un grand bras de mer divisant le continent austral en deux grandes masses de terres, situées de part et d'autre d'une ligne aujourd'hui matérialisée par les monts Transantarctiques.

Un tel bras de mer, reliant les mers de Ross, Weddell et Belling­ shausen, apparaîtrait au grand jour si l'Antarctique était libre de glaces.

Comme le relevé de 1958 le montre, le continent (représenté sur les cartes modernes comme un seul ensemble de terres continu) consiste en fait en un archipel de grandes îles, liées ensemble par une calotte glaciaire épaisse de plus de 1 500 m.

Piris Reis et le Mystère des Cartes antiques : Qui étaient ces premiers cartographes ?

Comme nous l'avons vu, de nombreux géologues orthodoxes sont convaincus qu'un tel bras de mer a été définitivement recouvert par les glaces il y a plusieurs millions d'années.

Du point de vue de la science «officielle», cependant, il est tout aussi «orthodoxe» d'af­frrmer qu'aucun être humain n'existait en ces temps reculés, sans parler d'êtres humains capables de cartographier avec précision les terres formant l'Antarctique.

Le grand problème soulevé par les don­nées fournies par Buache* et les relevés de l'Année Géophysique Internationale est que ces terres semblent bel et bien avoir été carto­graphiées à une époque où elles étaient libres de glaces.

Ce qui place nos savants face à deux propositions contradictoires.

Laquelle des deux est-elle correcte ?

Si nous nous rallions à la thèse des géologues classiques et accep­tons le fait que des millions d'années se sont écoulés depuis que l'Antarctique a été libre de glaces pour la dernière fois, alors tout ce que nous croyons savoir de l'évolution humaine - toutes les thèses énoncées par Darwin et ses successeurs - doit être faux.

Hypothèse qui paraît tout à fait inconcevable : les abondantes traces fossiles par­venues jusqu'à nous prouvent sans l'ombre d'un doute que les ancêtres de l'homme étaient encore très peu évolués il y a 2 ou 3 mil­lions d'années - des hominidés aux arcades sourcillières proémi­nentes, s'aidant des mains pour marcher, et a fortiori incapables de tâches intellectuelles aussi complexes que la cartographie !

Devons-nous dès lors faire surgir des cartographes du fin fond de l'espace à bord de soucoupes volantes pour expliquer l'existence de cartes perfectionnées montrant 1' Antarctique libre de glaces ?

Ou devons-nous revenir aux implications de la théorie du déplacement de la croûte terrestre d'Hapgood, qui permettraient de comprendre com­ment le continent austral se serait trouvé libre de glaces- c'est ainsi qu'il apparaît sur la carte de Buache- il y a à peine 15 000 ans ?

Est-il possible qu'une civilisation humaine, assez avancée pour avoir cartographié l'Antarctique, se soit développée vers l'an -13 000, pour disparaître ensuite ?

Et, si tel est le cas, à quelle date ?

De l'examen comparatif des cartes de Piri Reis, Oronce Fine, Mer­cator et Buache, ressort la forte, quoique déroutante impression que la topographie de l'Antarctique a été continuellement étudiée, sur une période de plusieurs milliers d'années, pendant que la calotte gla­ciaire s'étendait progressivement vers l'extérieur, à partir de l'inté­rieur des terres, renforçant son emprise au fil des millénaires, mais n'engloutissant les côtes du continent austral qu'aux alentours de 4000.

Les sources originelles sur lesquelles sont basées les cartes de Piri Reis et de Mercator doivent avoir été élaborées vers la fin de cette période, lorsque seules les côtes étaient libres de glaces.

Celles sur lesquelles s'appuie la carte d'Oronce Fine, par contre, semblent dater d'une période largement antérieure, lorsque la calotte glaciaire n'était présente que dans l'intérieur du continent.

Enfin, les sources de la carte de Buache paraissent remonter à une période encore plus ancienne (vers -13 000), quand l'Antarctique était entièrement dépourvu de glaces.

Piris Reis et le Mystère des Cartes antiques : Les sources de l'Amazone

D'autres parties du monde ont-elles été cartographiées pendant la même période (grosso modo entre -13 000 et - 4000), et à de tels intervalles ?

On trouvera peut -être la réponse dans la carte de Piri Reis, qui comporte d'autres énigmes en dehors du «mystère de l'Antarctique » :

Dressée en 1513, la carte atteste une extraordinaire connais­sance de l'Amérique du Sud - et pas seulement de sa côte orientale, mais aussi de la cordillère des Andes, dans l'Ouest du continent, bien sûr inconnu à cette époque.

La carte montre avec exactitude le fleuve Amazone prenant sa source dans ces montagnes inexplorées et coulant vers l'est.

En fait, l'Amazone apparaît deux fois sur la carte de Piri Reis, elle-même compilée à partir de plus d'une vingtaine de docu­ments originels plus ou moins anciens (l'amiral turc, tra­vaillant à partir de sources divergentes, ayant très probable­ ment cru avoir affaire à deux fleuves différents).

Ainsi, le cours de l'Amazone est représenté une première fois jusqu'à son embouchure, qui se confond avec le «rio Para», mais la grande île de Marajo n'apparaît pas.

Selon Hapgood, cela vou­drait dire que l'une des cartes d'origine sur lesquelles s'est appuyé Piri Reis doit dater de l'époque (peut-être il y a quinze mille ans) où le rio Para constituait le principal, voire le seul estuaire de l'Amazone, et ou l'île de Marajo était soudée au continent sur la rive nord du fleuve.

La seconde représentation de l'Amazone fait apparaître, pour sa part, l'île de Marajo (avec un degré de précision inouï), malgré le fait que cette île ne fut découverte qu'en 1 543.

A nouveau, on peut s'interroger sur l'existence d'une civilisation inconnue qui aurait mené des travaux de cartographie sur plusieurs millénaires, consignant les moindres changements dans la topographie des continents.

Piri Reis se serait lui-même appuyé sur plusieurs cartes datant de périodes différentes, laissées derrière elle par cette civilisa­tion.

En haut à gauche et à droite : sur ces cartes de Mercator et Oronce Fine redessinées, on peut voir la glaciation progressive de l'Antarctique.

En bas à gauche : carte de Buache simplifiée. En bas à droite : topographie subglaciale de l'Antarctique, selon les relevés sismiques modernes.

Ni l'Orénoque, ni son delta actuel ne sont représentés sur la carte de Piri Reis.

A la place, comme Hapgood le démontre, deux estuaires pénétrant loin à l'intérieur des terres (sur plus de1 50 km) figurent non loin de l'emplacement de l'embouchure actuelle.

La longitude sur le quadrillage correspondrait à celle de l'Orénoque, et il en irait de même pour la latitude.

Se peut-il que ces estuaires aient été comblés depuis, et remplacés par le delta que l'on connaît aujourd'hui ?

Bien qu'elles n'aient été découvertes qu'en 1592, les îles Falk­land (ou Malouines) apparaissent sur la carte de 1513 à leur latitude exacte.

Enfin, autre détail probablement hérité de la bibliothèque de cartes anciennes exploitée par Piri Reis, une grande île apparaît sur sa carte dans 1' océan Atlantique, à l'est des côtes de l' Amé­rique du Sud, là où aucune île semblable n'existe aujourd'hui.

Est-ce pure coïncidence que cette île « imaginaire» soit préci­sément située au-dessus de la grande dorsale médiane sous­marine de l'Atlantique, juste au nord de l'équateur, à 1 200 km à l'est des côtes du Brésil, là où les minuscules rochers de St Pierre et St Paul émergent des vagues ?

Ou bien la carte d'origine sur laquelle figurait cette île nous ferait-elle remonter loin dans l'époque glaciaire, quand le niveau des océans était beaucoup plus bas qu'il ne l'est aujourd'hui et qu'une grande île se serait effectivement dressée à cet endroit  ?

Piris Reis et le Mystère des Cartes antiques : Les époques glaciaires et le niveau des mers

D'autres cartes du seizième siècle laissent penser que leurs auteurs se sont fondés sur des descriptions précises de la planète datant de la dernière période glaciaire.

L'une d'elles fut établie en 1539 par le Turc Hadji Ahmed, un cartographe qui, selon les termes de Ch. Hap­good, a vraisemblablement eu accès à des cartes anciennes « de la plus extraordinaire espèce».

La particularité la plus étrange et la plus frappante de la carte d'Hadji Ahmed est qu'elle représente très distinctement une bande de terre large de plus de 1 500 km, reliant l'Alaska à la Sibérie.

Un tel «pont terrestre», selon la terminologie des géologues, a bel et bien existé (à l'emplacement de l'actuel détroit de Bering), mais il fut sub­mergé lors de la montée du niveau des océans à la fin de la dernière période glaciaire.

La montée des eaux fut provoquée par la fonte précipitée de la calotte glaciaire, en retrait dans l'ensemble de l'hémisphère nord vers -10000.

II est d'ailleurs intéressant de noter qu'au moins une ancienne carte semble montrer le Sud de la Suède recouvert de ves­tiges de glaciers du type de ceux qui étaient auparavant omniprésents à ces latitudes.

Nous voulons parler de la fameuse Carte du Nord de Ptolémée : établie au second siècle de notre ère, cette œuvre remar­quable, due au dernier grand géographe de l'antiquité classique, fut perdue pendant plusieurs centaines d'années avant d'être redécou­verte au quinzième siècle.

Ptolémée fréquentait assidûment la Bibliothèque d'Alexandrie, qui contenait la plus importante collection de manuscrits de l' Antiquité et c'est là qu'il consulta les documents remontant à la nuit des temps qui lui permirent d'établir sa propre carte.

Accepter la possibilité que la version originelle d'au moins une des cartes auxquelles il se réfère ait été dressée vers l'an 1 0000 av. J.-C. nous aiderait à comprendre pourquoi il a représenté des glaciers - caractéristiques, précisément, de cette époque-, « ainsi que des lacs ( ... ) et des rivières, ressemblant fortement à des rivières glaciaires ( ... ) prenant leur source dans les glaciers et se déversant dans les lacs. ».

II est probablement superflu d'ajouter que personne sur terre à l'époque où Ptolémée dessina sa carte (i.e. , sous l'empire romain) ne soupçonnait, ni de près, ni de loin, que l'Europe du Nord ait été un jour enfouie sous les glaces, et ce pendant plusieurs millénaires.

Et il en allait de même des hommes du quinzième siècle, contemporains de la redécouverte de la carte.

En fait, il est impossible de com­prendre comment les glaciers résiduels et autres détails figurant sur la carte de Ptolémée peuvent avoir été cartographiés, imaginés ou inventés par l'une ou l'autre des civilisations connues antérieures à la nôtre.

Les implications de ce constat sont évidentes.

Tout comme les conclusions que l'on peut tirer de l'examen d'une autre carte, le por­tulan de Iehudi Ibn Ben Zara, dressé en l'an 1487.

Cette carte de l'Europe et de l'Afrique du Nord est peut-être basée sur des sources encore plus anciennes que celles de la carte de Ptolémée, car elle fait apparaître, semble-t-il, des glaciers beaucoup plus au sud que la Suède (en fait, à peu près à la même latitude que 1 'Angleterre), et représenter la Méditerranée, l'Adriatique et la mer Egée dans l'état où elles se trouvaient probablement avant la fonte de la calotte gla­ciaire européenne.

Le niveau des mers était, bien évidemment, sensiblement plus bas qu'aujourd'hui.

A cet égard, il est intéressant de noter, par exemple, que les îles de la mer Egée apparaissent sur cette carte beaucoup plus nombreuses qu'elles ne le sont de nos jours.

A première vue, cela peut paraître étrange.

Cependant, si dix ou douze mille ans se sont bel et bien écoulés depuis l'époque où la carte d'Ibn Ben Zara a été dressée, cette bizarrerie peut s'expliquer de manière très simple : les îles manquantes ont très certainement été submer­gées lors de la montée des océans à la fin de la dernière période gla­ciaire.

Une fois de plus, nous avons le sentiment de contempler les traces d'une civilisation disparue - une civilisation capable de dresser, avec une stupéfiante précision, des cartes de contrées séparées les unes des autres par plusieurs milliers de kilomètres.

Quel type de technologie, et quelles connaissances scientifiques auraient été nécessaires pour accomplir une telle tâche ?

Piris Reis et le Mystère des Cartes antiques : Des bribes d 'une science disparue

Nous avons vu que la carte dressée par Mercator en 1569 com­porte une description précise des côtes de l'Antarctique telles qu'elles se présentaient très vraisemblablement il y a plusieurs mil­liers d'années, lorsqu'elles étaient libres de glaces.

Bizarrement, cette carte est beaucoup moins précise dans sa description d'une autre région, la côte Ouest de l'Amérique du Sud, qu'une carte anté­rieure ( 1 538), également de la main de Mercator.

La raison de cette disparité pourrait tenir au fait que le grand géo­graphe du seizième siècle a utilisé pour sa première carte des docu­ments très anciens, alors que, pour la seconde, il s'est appuyé sur les observations et les mesures des premiers découvreurs espagnols de cette côte.

Comme ces derniers étaient censés rapporter en Europe des données exactes et fiables, on peut difficilement reprocher à Mer­cator de les avoir utilisées.

La précision de ses travaux devait en pâtir.

En effet, si, en 1569, il n'existait pas d'instruments permettant de calculer les longitudes, en revanche, de tels instruments semblent avoir été utilisés pour dresser les documents antédiluviens consultés par Mercator trente et un an plus tôt.

Piris Reis et le Mystère des Cartes antiques : Les mystères des longitudes

Examinons le problème de la longitude, définie comme la distance en degrés à l'est ou à l'ouest du méridien d'origine.

Le méridien d'origine, défini par une convention internationale, est, on le sait, une courbe imaginaire reliant les deux pôles et passant par l'observatoire de Greenwich, près de Londres.

Arrêtons-nous un instant sur un point de l'histoire des sciences, capital pour notre propos : avant une invention révolutionnaire du dix-huitième siècle, cartographes et navigateurs étaient incapables de fixer la longitude avec le moindre degré de précision.

lls ne pou­vaient faire que de grossières estimations - avec des marges d'erreur de plusieurs centaines de milles nautiques -, pour la simple raison que la technologie adéquate n'avait pas encore été mise au point.

Le calcul de la latitude n'a jamais posé de tels problèmes : il suffit en effet, avec des instruments relativement simples, de procéder à des mesures angulaires du soleil et des étoiles.

Pour déterminer la longitude, par contre, un équipement d'un calibre supérieur, et com­plètement différent, pouvant combiner des mesures de positions et de temps, était nécessaire.

Pendant longtemps, l'invention de tels appa­reils était restée en dehors des capacités de la communauté scienti­fique, mais au début du dix-huitième siècle, avec l'intensification des échanges maritimes, la mise au point de nouveaux instruments devint affaire urgente.

Selon les termes des historiens Bethon et Robinson, « la solution du problème des longitudes passait avant la vie de chaque homme à bord, avant la sécurité des navires et des cargaisons.

Parvenir à des mesures précises semblait un rêve inaccessible, et " la découverte des longitudes" devint aux yeux de l'opinion aussi improbable que de voir un jour "les cochons voler". »

Ce dont les navigateurs avaient avant tout besoin était un instru­ment qui conserverait l'heure (du lieu de départ) avec une parfaite exactitude pendant les longs voyages en mer, malgré les mouvements du navire et les variations de température et d'hygrométrie.

«Un tel chronomètre, devait déclarer Isaac Newton devant les membres du très officiel Bureau des Longitudes en 1714, reste à inventer».

De fait, les montres du dix-septième siècle et du début du dix-hui­tième étaient de grossiers instruments, qui, de manière générale, avançaient ou retardaient chaque jour d'un quart d'heure !

Par com­paraison, aujourd'hui, un chronomètre de navigation, pour être effi­cace, ne peut se permettre de retarder ou d'avancer d'autant sur plusieurs années.

Ce n'est que dans les années 1720 qu'un horloger anglais de génie, John Harrison, commença à travailler sur une série de projets qui devaient aboutir à la mise au point d'un tel chronomètre.

Son objectif était de gagner la récompense de 20 000 livres promise par le Bureau des Longitudes à « l'inventeur de tout moyen pouvant permettre de déterminer la longitude d'un navire avec une marge d'erreur infé­rieure à trente milles nautiques au terme d'un voyage de six semaines».

Un chronomètre susceptible de remplir cette condition ne doit retarder (ou avancer) que de trois secondes par jour.

Longitude et latitude
Longitude et latitude

Presque quarante ans s'écoulèrent avant que Harrison, mettant au point et tes­tant, année après année, plusieurs prototypes, ne satisfit aux condi­tions mises au concours.

Finalement, en 1761 , son élégant Chrono­mètre N° 4 quitta l'Angleterre à bord de l'HMS Deptford, destination la Jamaïque, sous la garde de son fils William Harrison.

Après neuf jours de traversée, sur la base de calculs rendus possibles par le chro­nomètre, William annonça au capitaine qu'ils arriveraient en vue de Madère le lendemain matin.

Le capitaine paria cinq contre un qu'il se trompait, mais il accepta de garder son cap.

William remporta la mise : deux mois plus tard, à la Jamaïque, on put constater que l'ins­trument ne retardait que de cinq secondes.

Le chronomètre de Harrison avait rempli au-delà de toutes espé­rances les conditions posées par le Bureau des Longitudes.

Cepen­dant, à cause de la négligence de la bureaucratie britannique de l'époque, l'horloger ne reçut les 20 000 livres de récompense que trois ans avant sa mort, en 1776.

Et - on le comprendra volontiers, ce n'est que lorsqu'il eut la somme entre les mains qu'il divulga les secrets de son invention.

En raison de ce contretemps, le capitaine James Cook entreprit son premier voyage de découverte, en 1768, sans chronomètre.

Lors de sa troisième expédition, cependant (1778-9), il parvint à cartographier le Pacifique avec une précision impression­nante, fixant la latitude, mais aussi la longitude exactes de chaque île et de chaque côte.

Dorénavant, grâce aux soins de Cook et au chrono­mètre de Harrison, aucun navigateur n'aurait d'excuse de ne pas réussir à trouver une île du Pacifique ... , ou de faire naufrage sur une côte surgissant du néant.

De fait, avec leurs longitudes exactes, les cartes du Pacifique de Cook doivent être rangées parmi les tout premiers exemples de carto­graphie « scientifique » de l'époque moderne.

Elles nous rappellent par ailleurs que l'établissement de très bonnes cartes requiert au moins trois ingrédients de base : de grands voyages de découvertes ; un état d' avancement des sciences mathématiques et cartographiques assez poussé ; des chronomètres perfectionnés.

Ce n'est que lorsque l'usage du chronomètre de Harrison se géné­ralisa - pas avant les années 1770 , que la troisième de ces « pré­ conditions » fut remplie.

Cette remarquable invention permit aux car­tographes de déterminer avec précision les longitudes, une chose que les Sumériens, les anciens Egyptiens, les Grecs, et en fait toutes les civilisations connues ayant vu le jour avant le dix-huitième siècle, avaient été incapables de faire - du moins le croit-on.

Partant, il est sur­prenant et déroutant de voir des cartes beaucoup plus anciennes donner des latitudes et des longitudes avec une précision toute moderne.

Piris Reis et le Mystère des Cartes antiques : Mappemondes et portulans

Ces latitudes et longitudes d'une précision inexplicable caractéri­sent les mystérieux documents, témoignant des connaissances géo­graphiques poussées, que j'ai décrits précédemment.

La carte dressée par Piri Reis en 1513, par exemple, place l'Amé­ rique du Sud et l'Afrique à des longitudes exactes, un exploit théori­quement impossible pour la science de l'époque.

Mais Piri Reis ne cache pas que sa carte était fondée sur des sources largement anté­rieures.

On peut penser que c'est de l'une de ces sources qu'il tenait ses longitudes.

Le « portulan de Dulcert », de 1339, qui décrit essentiellement l'Europe et l'Afrique, revêt également le plus haut intérêt.

Les lati­tudes y sont d'une parfaite exactitude sur d'énormes distances, et les longitudes de la Méditerranée et de la mer Noire sont correctes au demi degré près.

Charles Hapgood fait remarquer que l'auteur de la carte originale dont le portulan de Dulcert est inspiré « avait atteint un haut degré d'exactitude scientifique en trouvant le bon rapport entre latitudes et longitudes.

II n'était parvenu à ce résultat qu'en ayant recueilli des informations précises sur les longitudes respectives d'un très grand nombre de lieux échelonnés entre Galway en Irlande et le coude oriental du Don, en Russie. »

La carte de Zeno, qui date de 1 380, constitue une autre énigme.

Couvrant une vaste étendue au nord de l'Europe (jusqu'au Groen­land), elle situe un très grand nombre de lieux, largement séparés les uns des autres, à des latitudes et des longitudes d'une exactitude sur­prenante.

« On ne peut croire, soutient Hapgood, qu'un géographe du quatorzième siècle ait pu déterminer seul avec une telle précision les latitudes de tous ces lieux, pour ne rien dire des longitudes. »

La mappemonde d'Oronce Fine réclame également toute notre attention : elle place les côtes de l'Antarctique aux bonnes latitudes (les longitudes, il est vrai, sont moins précises), et la superficie de l'ensemble du continent tel qu'il apparaît sur la carte correspond à peu de chose près à celle qu'on lui connaît aujourd'hui.

Tout cela révèle un niveau de connaissances géographiques qui ne sera égalé qu'au vingtième siècle.

Le portulan de lehudi Ibn Ben Zara est lui aussi remarquable pour l'exactitude des latitudes et longitudes qui y sont portées.

L'écart de longitude total entre Gibraltar et la mer d'Azov est exact à un demi degré près, tandis que pour l'ensemble de la carte, la marge d'erreur moyenne en matière de longitude n'excède pas un degré.

Ces exemples ne représentent qu'une faible partie de l'impression­nant faisceau de preuves présenté par Hapgood à l'appui de sa thèse.

En accumulant les arguments, son analyse méticuleuse et détaillée finit par nous convaincre que des instruments permettant un calcul précis des longitudes ont été inventés bien avant le dix-huitième siècle.

La carte de Piri Reis et bien d'autres, en effet, semblent forte­ment suggérer que de tels instruments furent alors redécouverts, qu'ils avaient existé pendant plusieurs millénaires, et qu'ils avaient été utilisés par un peuple civilisé - dont l'humanité a perdu jusqu'au souvenir - ayant exploré et cartographié la terre entière.

Par ailleurs, il apparaît que non seulement ce peuple était capable de concevoir et de fabriquer des instruments précis et perfectionnés, mais qu'il avait jeté les bases d'une science mathématique précoce.

Piris Reis et le Mystère des Cartes antiques : Les mathématiciens oubliés

Pour comprendre les raisons de ce prodige, nous devons d'abord garder en mémoire cette évidence : la terre est une sphère, et seul un globe peut la représenter de manière parfaitement exacte.

Le transfert de données cartographiques d'un globe sur des feuilles de papier planes entraîne inévitablement des distorsions, et ne peut être réalisé que par le biais d'un procédé mathématique et mécanique artificiel et complexe appelé projection.

Il existe de nombreuses sortes de projections.

Celle de Mercator, encore utilisée aujourd'hui dans les atlas, est peut-être la plus connue.

D'autres sont désignées sous les noms rébarbatifs d'azimu­ta1e, stéréographique, gnomonique, azimuta1e équidistante, cordi­forme, mais il n'est pas nécessaire d'aller plus avant sur ce sujet.

Bornons-nous à remarquer, avec Ch. Hapgood, que toutes les projections dignes de ce nom requièrent l 'usage de formules mathéma­tiques complexes, d'un type prétendument inconnu dans l 'Antiquité (et notamment dans la plus haute Antiquité, avant - 4000, lorsque aucune civilisation humaine n' était censée exister, sans même parler d'une civilisation capable de concevoir et d'utiliser des modèles mathématiques et géométriques avancés).

Charles Hapgood fit examiner sa collection de cartes anciennes par le Professeur Richard Strachan, du Massachusetts Institute of Technology.

Il voulait surtout déterminer avec précision quel niveau de connaissances mathématiques était nécessaire pour dresser les documents-sources originels.

Dans sa réponse du 18 avril 1965, le Professeur Strachan plaça très haut ce niveau.

Certaines des cartes, par exemple, semblaient relever d'un type de projection proche de celle de Mercator.

La relative complexité de cette projection (caracté­risée notamment par ce qu'on appelle l'« expansion des latitudes ») signifiait qu'une méthode de translation trigonométrique avait certai­nement été employée.

Les autres raisons permettant de déduire que les anciens carto­graphes auraient été de remarquables mathématiciens sont les sui­vantes : «

1 . La détermination des coordonnées d'un lieu sur un continent suppose au moins la maîtrise de méthodes dites de triangulation géométrique.

Sur de grandes distances (plus de 1 500 km), des corrections doivent être faites pour la courbure de la terre, ce qui nécessite une compréhension de la trigono­métrie sphérique.

2. La localisation des continents les uns par rapport aux autres suppose une conscience de la sphéricité de la terre, et l'usage de la trigonométrie sphérique.

3 . Une civilisation disposant de telles connaissances, ainsi que d'instruments de précision permettant de déterminer les coordonnées géographiques d'un lieu, aurait très certaine­ment utilisé son savoir-faire mathématique pour dresser des cartes. »

L'avis de Strachan, selon lequel ces cartes, par l'intermédiaire de générations de copistes, auraient contenu et transmis les connais­sances géographiques d'une ancienne et mystérieuse civilisation fort avancée sur le plan technologique, était partagé par les experts en relevés aériens de l'US Air Force auxquels Hapgood avait soumis le dossier.

Lorenzo Burroughs, chef de la section cartographique du 8th Reconnaissance Technical Squadron, basé à Westover, fit une étude très poussée de la mappemonde d' Oronce Fine.

Il conclut que certaines des cartes originales sur lesquelles elle était fondée avaient vraisemblablement été dressées au moyen d'une projection sem­blable à la projection « cordiforme » d'aujourd'hui.

Ce qui, précisait Burroughs, supposait « l'usage d'outils mathématiques sophistiqués.

En particulier, la forme donnée au continent antarctique suggère la possibilité, sinon la probabilité, que les cartes initiales aient été éla­borées à l' aide d'un type de projection stéréographique ou gnomo­nique impliquant la connaissance de la trigonométrie sphérique.

Nous sommes convaincus que vos découvertes et celles de vos collègues sont valides, et qu'elles soulèvent des questions extrêmement impor­tantes dans les domaines de la géologie et de l'histoire de l' Anti­quité . . . »

Hapgood devait faire une trouvaille encore plus importante : une carte chinoise copiée d' après un original gravé sur un pilier en l'an 1137 de notre ère.

Cette carte incorpore le même type d'informations extrêmement précises concernant les longitudes que ses homologues du reste de l'Ancien Monde.

Elle comporte le même quadrillage et a été dressée elle aussi avec le secours de la trigonométrie sphérique.

De fait, si l'on pousse l'examen, on constate qu'elle présente de si nombreuses similitudes avec les cartes européennes et moyen-orien­tales qu'une seule explication paraît adéquate : tous ces documents doivent dériver d'une source commune.

Nous sommes à nouveau confrontés, semble-t-il, à un fragment sauvé de l 'oubli du savoir scientifique d'une civilisation disparue.

Bien plus, il apparaît que cette civilisation était vraisemblablement ­ du moins à certains égards - aussi avancée que la nôtre et que ses géographes ont « cartographié la quasi-totalité du globe avec, dans l 'ensemble, le même niveau de technologie, les mêmes méthodes, les mêmes connaissances dans le domaine des mathématiques, et, proba­blement, le même type d'instruments ».

La carte chinoise révèle autre chose : ce legs scientifique et spiri­tuel doit avoir été transmis à l 'échelle du globe un legs d'une valeur inestimable, incluant selon toute probabilité beaucoup plus que de simples connaissances géographiques, aussi sophistiquées fussent-elles.

Piris Reis et le Mystère des Cartes antiques : vidéo


Source : Livre : L’empreinte des Dieux, de Graham Hancock, PDF gratuit

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